Pages

état de la France en 1952





La France  en 1952



Expérience Pinay dans l'histoire politique de la 5 eme république 



Antoine Pinay, né en 1891, patron d'une petite entreprise, maire de la petite ville de Saint-Charmond, avait été élu député en 1936 et avait voté en 1940 les pleins de pouvoirs au maréchal Pétain. Déclaré de ce fait inéligible pendant un an, il est réélu en 1946 et il siège au Centre National des Indépendants. C'est donc un homme de droite, d'une droite modérée, qui est appelé par le président Auriol à former le gouvernement en mars 1952. Peu connu du public, d'apparence modeste, toujours coiffé d'un petit chapeau, il se présente devant l'Assemblée nationale pour prononcer son discours d'investiture. Comme toutes les interventions publiques à l'Assemblée, son discours est retranscrit au Journal officiel de la République.

I) ce discours est prononcé dans le cadre institutionnel de la constitution de la V eme République.


La constitution de la IV République a été acceptée par les Français lors du référendum du 13 octobre 1946. Elle délègue l'essentiel du pouvoir à l'Assemblée, instituant ainsi un régime d'assemblée, puisque le président de la République n'a que peu de pouvoirs et que la deuxième Assemblée, le Conseil de la République, en a encore moins. Parmi tous les pouvoirs de l'Assemblée outre, évidemment, celui de voter les lois, on peut citer la désignation du président du Conseil responsable, avec son gouvernement, du pouvoir exécutif. Une fois pressenti par le président de la République le candidat à la présidence du Conseil doit se présenter devant la Chambre des députés pour y présenter son programme, c'est la fameux discours d'investiture. Les députés doivent lui accorder leur confiance par un vote à la majorité absolue. Cette procédure, qui explique la forte instabilité ministérielle qu'a connue la IVe République, s'explique par l'inquiétude que suscitait en 1946 toute idée de pouvoir personnel, il semblait plus démocratique de confier l'essentiel du pouvoir aux représentants du peuple, qui pouvaient aussi censurer le gouvernement. Mais à peine la Constitution en application, les premiers présidents du Conseil compliquent encore la processus en inventant la ( double investiture ) qui n'était pas prévue dans la constitution. Une fois investi, le président du Conseil compose son gouvernement, et dans un souci d'hyper-légalisme, se représente avec lui devant les députés, pour faire accepter le gouvernement tout entier. On comprend sans peine que cette procédure appliquée à des gouvernements d'une trentaine de personnalités qui ne pouvaient toutes plaire au députés, favorisa encore plus l'instabilité ministérielle. Seul, sous la IVe République, Mendès-France refusa de se prêter à ce rituel devenu traditionnel. Pinay y sacrifie comme les autres. C'est son discours d'investiture qui nous est proposé ici, L’événement est important car il marque le retour de la droite au pouvoir en France, sept ans après la Libération. Après l'échec du tripartisme et l'éclatement de la troisième force à propos des problèmes de l'école privée ( le MRP favorable à l'aide publique pour l'école privée, s'opposant aux socialistes et aux radicaux ) , le glissement vers la droite des coalitions gouvernementales continue et c'est ainsi que le président Auriol en vient à proposer à Pinay de présider le gouvernement.

II) état de la France en 1952


Aspirant à gouverner, Pinay dresse tout normalement un tableau de la situation de la France telle qu'il la trouve en arrivant au pouvoir. Il dénonce d'emblée ( un triple déficit : les devises, le Trésor, le budget ) , il évoque aussi ( l'avilissement du franc) et plus loin, confirme son diagnostic sur le mauvais état des finances françaises, en citant ( l'inflation des prix ) puis ( l'inflation budgétaire ). Ce constat est parfaitement exact, la France de 1952 connaît une forte inflation marquée par une hausse des prix et une hausse des salaires, le déficit extérieur est considérable tout comme celui du budget. Cette situation n'est pas récente, elle date de 1944 et Pinay y fait allusion quand il dit : ( ce grand pays a connu de cruelles épreuves ) la guerre en effet a ruiné le pays, le déficit budgétaire était de 460 milliards de francs en 1944. En 1945 de Gaulle dut trancher entre proposition de Mendès-France, le blocage des prix et ponction dans les liquidités par l'échange des billets en circulation, et celle de Pleven, plus souple,moins dirigiste, d'un grand emprunt. De Gaulle choisit la solution de Pleven et la masse monétaire reste importante, l'inflation continue.Par ailleurs la France doit ( relever ses ruines et reconstituer ses richesses ), en effet le pays a vu l'essentiel de ses mines détruit, ses voies de communication bombardées, son potentiel agricole réduit, ses logements sinistrés. Elle doit ( rattraper dans ses équipements fondamentaux le retard des années sombres de la guerre et de l'occupation ). Les Allemand ont ponctionné le pays pendant quatre ans en exigeant des frais d'occupation, les bombardements ont causé des pertes énormes au potentiel industriel et immobilier. La Reconstruction nourrit l'inflation , la nécessité d'importer pour se moderniser entraîne le déficit budgétaire, le déficit commercial et le fonctionnement abusif de la planche à billets. Tout ceci conduit à une dépréciation du franc, que Pinay évoque ( l'avilissement du franc ). Méfiants, certains Français ont, de plus, placé de l'argent à l'étranger, c'est ce qu'il dénonce en disant : c'est la réaction de défense des individus qui précipitent eux-mêmes sa chute. Par ailleurs, à la libération une législation sociale a été votée, elle comporte surtout la création d'un système de sécurité sociale, l'extension des allocations familiales, la création d'allocations favorisant la natalité, toutes choses qu'évoque Pinay ( elle tient à l'honneur d'avoir plus d'enfants et plus de vieillards) . Cette politique a d'ailleurs porté très vite ses fruits puisque la France qui connaissait avant guerre une crise démographique, voit sa natalité s'accroître considérablement et son espérance de vie augmenter. Mais c'est une politique, d'après Pinay, très chère. Il convient d'ajouter, comme source des problèmes financiers français, la guerre d'Indochine : ( elle doit défendre la liberté en Asie ).La formule d'Antoine Pinay est révélatrice des mentalités françaises dans le début des années ciquante, le conflit indochinois est devenu un conflit de guerre froide avec le passage de la Chine au communisme et la France, qui fait partie du bloc de l'ouest,affirme se battre contre le totalitarisme communiste. Pinay dit ensuite que la France doit ( s'armer pour se défense en Europe ), il fait là allusion au projet de CED, projet du MRP Pleven, qui prévoit une Communauté& européenne de Défense à la quelle participeraient des soldats allemands, Accepté par les partenaires de la France au traité de Paris en mai 1952, ce projet est finalement refusé, en août 1954, sous le gouvernement Mendès-France.

III) Pinay propose des solutions pour régler les problèmes économiques


Pinay soigne son image de gestionnaire sérieux, apolitique en proposant ce qu'il appelle des ( mesures techniques) . Mais son ode au libéralisme : ( je suis attaché au libéralisme ) révèle clairement d'une page de la politique française est tournée, la droite classique est de retour. Notons cependant que, s'il s'affirme libéral, il ne remet pas en cause les fondements de la IVe République puisqu'il dit être attaché ( à un libéralisme loyal ) qui recherche ( le progrès technique et la paix sociale), ailleurs il confirme le fait, marqué à la Libération par les nationalisations et l'introduction de la planification, que ( l'état gouverne), il ne conteste donc pas le fait que l'état intervienne dans l'économie. Les mesures qu'il envisage le prouvent ; ( lutte contre l'inflation des prix ) ( annonce probable d'un blocage des prix ) , ( lutte contre l'inflation budgétaire ). Il veut donc limiter les dépenses des Français qui doivent ( apprendre à éviter les dépenses inutiles ), cela implique probablement un blocage des salaires, il veut aussi réduire le déficit de l'état en limitant les dépenses publiques ( dans les administrations il faut retrancher encore les dépenses inutiles ou différables), Par son allusion au ( civisme intransigeant dans la recette) il semble annoncer de nouveaux impôts tout en laissant entendre qu'il luttera contre la fraude fiscale et les fuites de capitaux.

IV) L'oeuvre d'Antoine Pinay comme chef de gouvernement


Ayant obtenu l'investiture,Pinay forme son gouvernement.Son ton, dont nous avons pu constater qu'il se veut conciliant, apolitique, son souci de parler simplement, de traiter les finances de la France comme une ménagère gère le budget familial, son austérité de vie et son aspect de ( père tranquille ) lui attirent le sympathie d'une majorité de Français et ont certainement participé à la création d'un ( Effet Pinay ), fort utile pour lutter contre l'inflation, on sait en effet que, dans ce domaine, les facteurs psychologiques sont essentiels, Dans l'ensemble il applique le programme qu'il avait annoncé. Il bloque les prix, ce qui contribue à ralentir l'inflation, il réduit les dépenses de l'état, il amnistie les Français qui ont placé leur argent à l'étranger ( et qui, du coup, le rapatrient ), il rétablit l'équilibre du budget. Signalons cependant qu'il a eu la chance de bénéficier d'un contexte favorable : le cours des matières premières baisse dans le monde entier, car les achats militaires américains se ralentissent, ce fait a aussi favorisé la réduction de l'inflation. Son oeuvre la plus appréciée à l'époque parmi les épargnants fut sans conteste la création de l'emprunt qui porte son nom, cet emprunt était indexé sur l'or et,surtout, exonéré d'impôts et de droits de succession, la bourgeoisie française prendra vite l'habitude de transformer ses avoirs en Pinay quand la mort s'annoncera imminente. Ruineux à long terme pour les finances publiques, cet emprunt est couvert largement et Pinay n'a pas à recourir aux hausses d'impôts. Le document ne fait pas allusion à la création, par le gouvernement Pinay du SMIG, salaire minimum interprofessionnel garanti, pas plus qu'à la poursuite de la guerre d'Indochine 

V) Importance du gouvernement Pinay dans l'histoire politique de la IV République


Estimé d'une grande partie de la population, ayant fait retrouver la confiance à l'économie française, mais ayant aussi du fait de sa politique, réduit les investissements d'état donc ralenti la croissance, ayant limité l'inflation, au risque, en 1953 d'une grave agitation sociale, Antoine Pinay est un des deux hommes avec Pierre Mendès-France à avoir connu une vraie popularité sous la IV République. Les députés le lui ont d'ailleurs fait payer, comme à Mendès-France, puisqu'ils l'ont contraint à la démission le 23 décembre 1953. Son bon sens, son allure de Français moyen lui ont valu un capital de sympathie que n'explique pas réellement le bilan de son oeuvre.