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l’émancipation des colonies ( 1945-1975)

l’émancipation des colonies ( 1945-1975)


Entre 1945 et 1975, le planisphére se modifie profondément.Les grandes taches roses ou violettes que les écoliers français et britanniques ont appris à révérer comme autant de marques révélatrices de la puissance de leur patrie,disparaissent et cédent la place à la multitude colorée des états ayant conquis leur indépendance,Le mouvement d'émancipation des colonies,s'il a toujours été plus ou moins présent dés que des étrangers se sont implantés en Asie ou en Afrique.
s'il a pris fermement racine dans l'entre deux guerres,a été,nousd le verrons,trés nettement favorisé par la Seconde Guerre mondiale comme par ses conséquences immédiates.On considére traditionnellement su'il a pris une forme plutôt pacifique dans les colonies britanniques et une forme nettement plus dramatique dans les possessions françaises ou portugaises,Si nous retenons en effet cette typologie,nous souhaitons cependant nous interroger sur sa pertinence réelle: y eut-il bien des formes d'émancipation totalement pacifiques?

I) Les causes de l'émancipation des colonies



A) Un mouvement commencé avant la Seconde Guerre mondiale



à vrai dire, si l'on s'attache un tant soit peu à l'étude du fait colonial,on constate que la présence occidentale en afrique comme en Asie n'a pas cessé d'être remise en question par certains habitants de ces territoires.On peut pourtant considérer que  les empires coloniaux sont à leur apogée en 1919 quand le réglement du premier conflit mondial traite largement de problémes coloniaux et conforte en même temps les deux grandes puissances coloniales que sont la France et le Royaume uni dans l'idée que leur force vient en partie des ressources de l'outre-mer.à partir de cette date cependant les mouvements qui revendiquent plus ou moins une certaine forme d'indépendance se font clairement jour.Ils sont souvent dirigés par des élites formées à l'école de la métropole, qui protestent,soit au nom même des principes démocratiques des états colonisateurs, soit au nom d'une tradition nationale regrettée. Parmi ces élites des hommes de culture européenne parviennent à incarner,pour les populations indigénes,l'aspiration à l'indépendance on peut ainsi citer Gandhi en Inde,Bourguiba en Tunisie ou Hô Chi Minh en indochine.Les années trente sont celles ou l'on voit s'affirmer aussi bien en Asie( parti du congrés en Inde qui existe depuis 1885 mais qui méne dans l'entre deux guerres des actions de boycott anti anglais), q'en afrique ( destour puis néo-destour en tunisie), Une véritable revendication indépendantiste, souvent réprimée, elle est parfois prise en compte, par exemple en 1935 le Royaume-Uni accorde une certaine forme d'autonomie locale à l'Inde.

B)Un mouvement accentué par le second conflit mondial



1)Perte de prestige pour les métropoles.


 La deuxiéme guerre mondiale qui voit la défaite de la France, de la Belgique, des Pays-bas, et les difficultés du Royaume-uni devant l'envahisseur,qu'il soit allemand en europe,japonais en Asie,ébranle le prestige de l'homme blanc dans les colonies. De ce sentiment les Japonais jouent en maîtres quand ils humilient les blancs à Singapour et encouragent les dirigeants nationalistes en Indonésie.Si ni les leaders nationalistes indiens, ni les tunisiens ne choisissent,malgré les propositions qui leur sont faites, le camp des puissances totalitaires,il est patent que, comme d'autres,ils profitent des circonstances pour multiplier les revendications,on peut citer en exemple le manifeste du peuple algérien de Ferhat Abass en 1943.

2) La participation des populations des colonies à la guerre mérite une reconnaissance

D'autres part une bonne partie des peuples colonisés a participé aux combats dans les rangs des armées alliées, les dirigeants nationalistes estiment donc qu'en échange on leur doit des compensations à la fin de la guerre.C'est d'ailleurs aussi l'idée de certains dirigeants des métropoles: les Britanniques se sont plus ou moins engagés à octroyer une constitution à l'Inde, les général de Gaulle, lors du discours de Brazzaville en février 1944, s'il ne promet pas l'autonomie laisse entrevoir un plan de réformes importantes dans les colonies

C) et renforcé par le contexte de l'immédiat aprés guerre


Surtout les principes mêmes pour lesquels les Alliés se sont battus,principes affirmés dans la charte de l'Atlantique en août 1941.
Selon lesquels tout peuple peut choisir la forme de gouvernement sous laquelle il doit vivre, paraissent,à la fin de la guerre, difficilement compatibles avec le maintien du fait colonial. Ces principes sont clairement affirmés dans la charte des Nations Unies en 1945, à partir de ce moment l'ONU se révèle comme un soutien puissant et déterminé de la cause des indépendances.

Cette influence de l'ONU est renforcée par le fait que les deux puissances qui sortent renforcées de la guerre sont toutes deux hostiles à la colonisation, les états unis parce qu'ils sont eux-mêmes  issus d'un mouvement d'émancipation nationale, les Soviétiques car la doctrine communiste est hostile à l'impérialisme.Dans les deux cas, en fait, au-delà des principes affirmés,l'intérêt de voir réduite l'influence des puissances européennes et développée la leur joue aussi certainement un rôle.

Enfin, les églises,surtout protestantes, mais aussi certains courants du catholicisme, comme une partie de l'opinion publique,évoluent et deviennent favorables à l'émancipation des peuples colonisées.

II) Un mouvement aux formes plus ou moins pacifiques pour les métropoles


A) Des négociations rapides : l'Inde, le Ghana


Si on ne peut dire que l'émancipation de l'Inde fut rapide, puisqu'elle a connu divers épisodes depuis le début du siècle, il faut constater q'une fois la décision prise par le gouvernement travailliste britannique en 1945, les choses ont été trés vite et le seul véritable problème qu'eut à affronter la vice-roi Lord Mountbatten fut celui de l'affrontement entre les deux mouvements indépendatistes : celui de Congrés mené par Nehru et inspiré par Gandhi qui tenait à une Inde unie,et la Ligue Musulmane d'Ali Jinnah qui exigeait la création d'un état musulman.Malgré l'opposition de Gandhi,c'est vers cette solution que s'oriente Mountbatten dont les experts vont surtout travailler à un découpage viable de la péninsule indienne. Le 15 août 1947 les Britanniques proclament l'indépendance de l'Union Indienne et du Pakistan ( Cet état musulman étant composé de deux régions séparées l'une de l'autre par toute la plaine du Gange). Si le départ des Britanniques s'effectue donc sans problémes majeurs, si leurs intérêts économiques sont préservés par l'adhésion des nouveaux états au commonwealth, les habitants se trouvent plongés dans une dramatique guerre civile due à la partition de l'ancienne colonie. En effet la création d'un état musulman entraîne de gigantesques déplacements de populations : hindouistes quittant le Pakistan, Musulmans quittant l'Union indienne, ces migrations de milliers d'individus s'accompagnent de massacres atroces, que l'action de Gandhi ne peut interrompre: celui-ci est d'ailleurs assassiné par un fanatique hindou en janvier 1948.On ne peut donc guère parler d'une émancipation pacifique, d'autant que la partition de l'Inde favorise, pour la suite, les conflits frontaliers inter-ethniques.

En ce qui concerne certaines colonies britanniques en Afrique, il faut signaler la réussite de la décolonisation de Côte de l'or ou l'action de N'Krumah permet une décolonisation rapide et négociée.

B) Une lente évolution: l'Afrique noire francophone


On oppose souvent la décolonisation britannique, soi-disant pacifique à celle de la france, or celle-ci aussi a mené,dans certains cas, le processus à son terme,par une évolution négociée avec les élites locales.C'est le cas d'une partie de l'empire français en Afrique noire. La constitution de la IVe République marque la naissance de l'Union française qui ne modifie pas le statut colonial, mais autorise l'AOF et l'AEF à élire des députés, la personnalité de certains d'entre eux, comme Senghor ( ancien élève de l'école normale supérieur, écrivain français tout en revendiquant sa négritude ) au Sénégal ou Houphouêt-Boigny en Côte d'Ivoire, les amène à utiliser l'arme parlementaire et syndicale pour faire lentement évoluer les choses.En 1956 la ( loi cadre Defferre) marque une évolution vers l'autonomie.En 1958 la plupart des territoires d'Afrique noire francophone ( à l'exception de la Guinée) acceptent d'entrer dans la Communauté crée par le général de GAULLE, cet organisme permet en réalité le passage rapide à l'indépendance - c'est chose faite pratiquement pour tous les états en 1960, mais en maintenant des liens étroits, qui persistent actuellement, avec la France.


C) Des mouvements plus ou moins violents mais rapidements réglés: l'indonésie,le Maroc, La Tunisie, Le Congo



Dans bien des cas, le processus d'indépendance a été marqué par un mouvement revendicatif assez dur. En indonésie ou Soekarno, installé au pouvoir par les Japonais, refuse de rendre le territoire aux Pays-Bas, ceux-ci après des affrontements militaires doivent accepter, sous la pression de l'ONU, l'indépendance du pays en 1949. La France, en Tunisie ( ou bourguiba saisit l'ONU pour exiger l'indépendance) et au Maroc ( ou le sultan soutient le parti indépentiste de l'Istiqlal) doit affronter de même des mouvements de revendication d'autant plus violents que la politique française multiplie les maladresses : exil du sultan à Madagascar, arrestation de Bourguiba, dans les deux cas ces erreurs ont pour conséquence une amplification de la violence. C'est Pierre Mendès-France qui débloque la situation, à peine réglé le problème indochinois, il se rend en Tunisie et le discours qu'il prononce à Carthage,promettant à la tunisie, ne fait que préluder à l'indépendance du pays acquise en 1956.L'effet psychologique du discours de Carthage permet, après retour du sultan,l'ouverture de négociations avec le Maroc qui aboutissent à l'indépendance en 1956. Les Britanniques au Kenya, les Belges au Congo, doivent affronter des insurrections violentes,mais s'ils parviennent rapidement à quitter ces colonies après avoir accordé l'indépendance, les situations qu'ils laissent derrière eux sont d'une extrême gravité et la guerre civile déchire une bonne partie de l'Afrique.

III) Les guerres d'indépendance


A) La guerre d'indochine


Pourquoi la France qui a su, nous l'avons vu, négocier en Afrique noire dès la VIe république s'est-elle, en même temps,enlisée dans deux guerres coloniales? Les réponses sont probablement différentes selon les cas. En ce qui concerne l'Indochine, deux facteurs se sont conjugués, les maladresses ou l'irresponsabilité de certains dirigeants comme Thierry d'Argenlieu,mais surtout le contexte de guerre froide, dans lequel, très vite, se joue le drame.
En septembre 1945 le leader communiste Hô Chi Minh proclame l'indépendance de la République démocratique du Viêt nam, si la France n'accepte pas cette décision qui s'est faite pourtant au nom des principes de 1789, elle entreprend malgré tout des négociations qui sont proches d'aboutir en 1946. Mais la proclamation de la république de Crochinchine par l'Argenlieu, le bombardement d'Haiphong, entraînent des troubles qui, attisés par le début de la guerre froide, se transforment en véritable conflit. Face à l'armée populaire du général Giap, à une guerrilla qui la déroule, dans un environnement hostile, l'armée française se sent isolée de l'opinion, oubliée des gouvernements. L'aide américaine, après le basculement de la Chine dans le communisme en 1949, accentue encore le caractère spécifique de cette guerre qui devient un des enjeux du combat entre les deux blocs. La mort de Staline va favoriser l'idée d'un réglement négocié du conflit, celui-ci intervient dans les pires conditions pour les Français, après le désastre de Dien Bien Phu. le rôle de Pierre Mendès France est alors capital, en quelques semaines il règle, par les accords de Genève de juillet 1954, ce qui fut pour la France, comme pour le Viêtnam, un drame de huit longues années: la France accorde l'indépendance au Viêtnam ( qui est temporairement en principe partagé en deux), au Cambodge et au Laos.

B) La guerre sans nom en Algérie


Dès le 8 mai 1945 les événements du sétif avaient révélé les graves problémes des trois départements d'algérie. le Statu de 1947 ne règle rien puisque les 9millions de musulmans sont réprésentés à l'assemblée algérienne par autant de députés que le million de citoyens français. Cette population musulmane connaît dans l'ensemble une grande pauvreté et les inégalités de tous les ordres ( scolaires,économiques,politiques) sont dénoncées par les milieux nationalistes,qu'ils soient modérés ( comme l'UDMA de Ferhat Abbas) ou plus révolutionnaires ( MTLD de Messali Hadj). Les Européens qui, pour l'essentiel d'entre eux,sont nés en Algérie et très attachés au territoire, sont,dans l'ensemble,de condition assez modeste,mais ceux qui font l'opinion et disposent d'appuis politiques à Paris sont de riches notables tout à fait hostiles aux réformes en faveur de la population musulmane. C'est probablement l'importance de la population d'origine européenne, comme l'obstination de cette frange de riches dominants qui explique que la décolonisations ait pris en Algérie l'aspect d'une véritable guerre,voire d'une guerre civile.
Débutant en novembre 1954, sous la direction du FLN de Ben Bella ( mouvement issu du MTLD) encouragé par les événements d'Indochine, l'insurrection en Algérie se heurte à la répression du gouvernement français. Sur le plan militaire l'armée française, peu contrôlée par le pouvoir civil, remporte des succès qui n'entament pas durablement la volonté du FLN, celui-ci poursuit la guérilla contre la France.
L'utilisation de la torture,l'appel aux militaires du contingent,amènent rapidement un profond malaise dans la société française en métropole, malaise qui se traduit par une succession de gouvernements qui se révèlent tous incapables de régler le problème. C'est la guerre d'Algérie qui entraîne la fin de la IVe République, les événements du 13 mai 1958 à Alger ayant pour conséquence le retour au pouvoir du général de Gaulle. Il lui faudra encore quatre ans de guerre et, par deux fois, en janvier 1960 et, surtout, en avril 1961 la menace d'une guerre civile, pour parvenir, après une lente évolution dans sa conception du réglement du conflit, à régler le problème algérien. Les accords d'évian, reconnaissent enfin, le 18 mars 1962, l'indépendance de l'Algérie.

C) Le cas portugais


le dictateur au pouvoir au Portugal, Salazar, refuse de tenir compte du mouvement général d'émancipation des peuples et s'obstine à maintenir un rêve périmé de puissance dans les colonies portugaises d'Afrique ( Angola, Guinée-Bissau, Mozambique). à partir du début des années soixante cela entraîne le pays dans la guerre contre les guérilleros nationalistes, au prix d'une très lourde charge humaine ( service militaire porté a quatre ans ) et économique. Il faut l'effondrement du salazarisme lors de la révolution des oeillets en avril 1974 pour entamer le processus de négociations qui se conclut en 1975, laissent notamment l'Angola dans des problèmes intérieurs qui ne sont pas encore réglés à l'heure actuelle.



ancienne colonie française 
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